Rédigé par

Etienne Alcouffe

Kima Ventures : Le business angel le plus actif au monde

juin 7, 2019

Depuis une dizaine d’années, les investissements en capital risque en phase d’amorçage sont en pleine progression. Ce type d’investissement permet aux jeunes entreprises innovantes, qui démarrent leur activité et ont un potentiel de croissance, d’augmenter leurs fonds propres dès le démarrage de leur activité. Le créateur d’entreprise obtient ainsi des fonds de la part de Business Angels, sans demande de garantie.

 

Les business Angels sont devenus des acteurs incontournables dans le paysage des startups en tant que sources privées d’investissement. Parmi les 7000 Business Angels français, beaucoup investissent à titre personnel et n’hésitent pas à diversifier leur portfolio. C’est le cas de Xavier Niel, ce patron pas comme les autres, vice-président d’Iliad et fondateur de Free mobile, a créé son propre fonds d’investissement Kima Ventures en tant que Business Angel. Également copropriétaire du groupe Le Monde, Niel se revendique de la génération du web, avec une attitude cool qu’il cultive avec soin. Comme d’autres grands patrons de l’ère du net tels que Marc Simoncini, fondateur de Meetic ou encore Jacques-Antoine Granjon, créateur de Vente Privée, il est très actif sur la scène des startups françaises.

 

 

xavier niel

 

 

Kima Ventures est l’un des fonds d’investissement en amorçage les plus actifs au monde. Installée au sein de Station F, la maison des startups Parisiennes, il a depuis sa création investit dans près de 700 startups.

 

Depuis 2015, c’est Jean de la Rochebrochard, un des hommes de confiance de Xavier Niel, qui a repris le flambeau de Jérémie Berrebi (co-fondateur). Cet ancien associé de « The Family » est réputé pour son franc-parler et son expérience dans les startups. Il est le visage de Kima Ventures, aussi bien par sa présence sur les réseaux sociaux que lors des évènements ou interviews impliquant le milieu des startups.

 

Proactif dans la sélection des startups à financer, il est aussi très présent sur la plateforme web de blog Medium où il poste régulièrement. Ce spécialiste des levées de fonds est présent sur tous les fronts pour asseoir le statut de Kima Ventures au sein des startups de Station F mais également pour attirer toujours plus de nouveaux projets et dénicher de nouvelles licornes françaises.

 

 

Jean de la Rochebrochard

 

 

Parmi les 500 dossiers qu’il reçoit chaque semaine, Kima Ventures ne sélectionne que 2 à 3 startups pour une moyenne d’investissement de 150 k euros. L’investissement global chaque année est d’environ 20 millions d’euros . Le fonds s’intéresse essentiellement à des sociétés qui peuvent atteindre le seuil de rentabilité facilement sans avoir besoin de lever beaucoup d’argent.

 

L’apport initial est destiné à aider les startups à sortir la première version d’un produit ou de tester leurs hypothèses directement sur le marché avant une potentielle levée de fonds en série A à la clé. Avant de signer, Kima vérifie d’ailleurs que son investissement va suffire à la société pour franchir ce premier cap.

 

Intervenant du capital d’amorçage jusqu’en Série A (comme pour Ledger) et essentiellement en tant qu’investisseur principal, Kima Ventures fournit aux fondateurs de startup non seulement le financement, mais également le réseau et le soutien dont ils ont besoin pour passer aux étapes suivantes de leur parcours entrepreneurial.

 

L’impressionnant portefeuille de ce Business Angel se concentre essentiellement sur des startups en France et aux États-Unis dans des secteurs tels que les applications mobiles ou les logiciels de service Saas (202 startups), les marketplaces (64 startups), le hardware, la robotique (43 startups) ou encore le e-commerce.

 

Ses investissements atteignent également beaucoup la Fintech, avec des prises de participation à succès tels que les startups iBanFirst, Pumpkin, Shine, TransferWise, Spendesk, Finexkap, ou encore Alan.

 

Le fonds de Xavier Niel a également investi dans des jeunes pousses comme Doctrine, LegalTech, PayFit, iBanFirst, Younited Credit ou encore Meero.

 

« Nous attendons d’eux (les fondateurs de startups financées) qu’ils construisent une grande équipe, qu’ils apprennent très rapidement, qu’ils gardent le cap et qu’ils réalisent leur croissance » dixit Jean de la Rochebrochard, « Kima Ventures est une formidable machine opérationnelle avec une importante vélocité naturelle grâce aux 30 à 50 deals que nous voyons tous les jours et aux 100 nouvelles startups dans lesquelles on investit chaque année. En plus des 600 que nous avons en portefeuille ».

 

Un quart des deals réalisés à l’année par Kima Ventures viennent de leur outil développé en interne Kim Lab où ils reçoivent 30 à 50 deals par jour (un genre de Tinder pour VCs). Les autres deals viennent de différents réseaux d’investisseurs, de business angels ou d’entrepreneurs. Parmi les deals les plus notables, on peut citer Payfit, Side, Ibanfirst, Sourced, Openclassrooms, ou encore Dice.

 

Mais le fonds de Xavier Niel peut également se vanter d’avoir fait de belles opérations notamment avec l’exit de Zenly, application qui permet de géolocaliser ses amis en temps réel, rachetée par Snap, la maison-mère de Snapchat, pour près de 300 millions de dollars en juin 2017.

 

Jean de la Rochebrochard qui publie régulièrement sur Medium explique qu’« On fait un métier dans lequel l’incertitude est omniprésente, avec un taux d’échec relativement élevé, et dont on sait que les meilleurs deals ne seront pas issus du consensus et pourront même sembler contre-intuitifs au début. On mise sur des opportunités de marché qu’on affectionne avec des entrepreneurs à qui on a décidé de faire confiance ».

 

Depuis quelques temps Kima Ventures a retiré son formulaire de candidature de son site. Le leitmotiv est que si vous souhaitez contacter le fonds, vous trouverez toujours un moyen. LinkedIn, Facebook, Twitter, ou en vous rapprochant d’un membre de l’équipe ou de l’une des 700 boîtes de leur portefeuille. Le fonds joue sur sa notoriété et sur sa capacité à attirer naturellement les startups disruptives. Il est en effet assez atypique de traiter autant de demandes d’investissement à la fois, cela ne peut que susciter l’intérêt.

 

 

Comment les choses fonctionnent chez Kima Ventures ?

 

 

staff kima ventures

 

 

Le flux constant des candidatures que reçoit Kima Ventures oblige le fonds à être réactif sur les réponses, qu’elles soient positives et engagent à aller plus loin avec un rendez-vous ou qu’elles soient négatives et impliquent une réponse motivée. Les boîtes étant jeunes, il y a beaucoup d’incertitudes sur les investissements et tout reste à faire. C’est donc l’opportunité de marché et la qualité de l’équipe qui va faire la différence.

 

Tout d’abord, chaque semaine, grâce à un outil interne de surveillance dealflow, ils traitent le flux (environ 200 nouvelles opportunités) que chaque membre du fonds passe en revue un peu comme Tinder. De là, une fois par semaine, ils revoient la liste, ajoutent des commentaires et s’assurent que tout est fait le plus rapidement possible. Le but est d’éviter trop d’arriérés d’opportunités en attente afin que le flux ne se transforme pas en stock. Il y existe trois outils utilisés par l’équipe de Kima Ventures :

 

Kima Lab : Il s’agit d’un CRM interne (Customer relationship management ) qui permet à l’équipe de gérer ensemble le deal flow simplement et efficacement.

 

Kima Circle : Tel un agenda, c’est une séries d’événements réservés aux startups financées par Kima, autour de thèmes sectoriels.

 

Kima Forward : Afin d’accompagner les startups du portefeuille, le fonds met à leur disposition un réseau d’experts et de ressources.

 

Après l’étude des différentes candidatures de startups, si le fonds décide d’aller de l’avant avec un accord, les membres partagent leur feu vert avec Xavier Niel pour son approbation. Car ne l’oublions pas Kima Ventures n’est constitué que de l’argent du milliardaire français. Ensuite, l’investissement est passé en revue une dernière fois pour signature puis ensuite l’argent est transféré automatiquement via une interface construite avec Ibanfirst. Toutes les informations sur la transaction sont ensuite enregistrées en interne afin de suivre et mettre à jour régulièrement et chaque année les informations sur le portefeuille de plus de 700 sociétés.

 

Une fois investis, les startups accèdent à des ressources pour les aider à développer efficacement leur entreprise. Les conseils et le carnet d’adresses de Xavier Neil sont généralement aussi précieux que les sommes qu’il peut apporter aux startups. L’idée de Kima est de financer des startups puis de leur fournir une infrastructure qui les aide à exécuter au mieux leur business. C’est également dans cette optique qu’à été créé Station F. Le but de cette incubateur géant est non seulement d’accueillir des startups, mais également d’apporter aux startups financées par Kima l’environnement de travail dont elles ont besoin pour se développer.

 

Selon Jean de la Rochebrochard, le critère principal de sélection est : « dans le doute, ne pas investir ». Pour ce décider, Kima se fait donc d’abord une conviction sur l’équipe fondatrice, notamment en posant des questions simples :

 

Comment les fondateurs se sont-ils rencontrés ?

Pourquoi ont-ils lancé cette startup ?

Quelles erreurs ont-ils faites et qu’en ont-ils appris ?

Quels sont les challenges des prochains mois ?

 

Ensuite, Kima s’assure de l’opportunité de marché, de la connaissance que l’équipe a du marché et de la qualité de son exécution. Ce n’est qu’une fois l’ensemble de ces critères réunis que la startup pourra intégré le portefeuille de ce Business Angel.

 

 

team kima ventures

 

 

La particularité de Kima Ventures est d’être un mix entre un fonds d’investissement avec une équipe qui investit et un Business Angel, car seuls les fonds de Xavier Niel sont engagés. C’est cette polyvalence qui permet une telle agilité dans le traitement et la sélection des projets.

 

Auparavant l’équipe de Kima Ventures avait mis en place Kima 15, un programme qui permettait aux startups en amorçage d’utiliser leur profil AngelList pour recueillir 150 000 euros de Kima Ventures contre 15 % de leur entreprise. La procédure de sélection était très rapide et ne devait durer que 15 jours (de la demande aux fonds reçus). Il était convenu d’examiner chaque demande dès sa réception, prendre une décision dans les 5 jours et de clôturer l’investissement dans les 15 jours. Le but était d’apporter rapidité et transparence à un processus qui était, en général, lent et opaque.

 

Beaucoup de startups ont été intéressées par l’offre. Au total, Kima Ventures a reçu des candidatures directes pour l’offre de Kima 15 de 3 177 startups (soient en moyenne 3,2 candidatures par jour). Cela montre qu’il existe une demande évidente de financement rapide à ce niveau d’évaluation (toutes les sociétés ont été invitées à confirmer qu’elles acceptaient les conditions imposées par le fonds). Beaucoup de startups ont activement recherché Kima15 et créé des profils sur AngelList sur la base de cette offre.

 

Lorsque Kima15 a été lancé, l’initiative a bénéficié d’une large couverture médiatique (TechCrunch, Pando, Tech.eu, WSJ) et a suscité des discussions sur des sites comme Hacker News. Ce fut le premier fonds de capital-risque à garantir un délai de réponse et à offrir un SLA (service-level agreement). Certaines parties de l’offre de Kima15 ont depuis été imitées par d’autres fonds de capital-risque, d’autres fonds étant plus transparents quant à leurs modalités et processus.

 

Mais l’offre a été clôturée, car cela créait trop de confusion sur ce que Kima Ventures faisait en tant que fonds d’investissement et sur la nature de ses prises de participation auprès des entreprises. En pensant que Kima 15 était la seule offre de Kima, les fondateurs qui cherchaient des tours de table de plus de 150 000 € ou qui cherchaient des valorisations à plus d’un million, ne considérait pas Kima comme une cible potentielle pour leur collecte de fonds et même si Kima avait intérêt dans le tour de table en question. De plus, le fonds a fait beaucoup moins d’investissements que prévu.

 

Le fonds de Xaviel Niel n’est pas simplement qu’attentiste. En effet Kima Ventures propose régulièrement également des offres fixes aux startups même si elles n’en ont pas fait la demande. Dans ces quelques cas, Kima utilise sa base d’investissement de 150 k euros à termes fixes. L’investissement en amorçage utilise généralement des termes standard de toutes façons, le fait d’avoir une feuille de route et une valorisation rend plus facile la conclusion de l’investissement.

 

En bref, Kima Ventures n’est pas près d’arrêter ses investissements et va continuer sur les prochaines années à attirer des startups en développement, notamment grâce à ses déploiements sur le Royaume-Uni, l’Espagne et les États-Unis. L’équipe actuelle peut encore gérer jusqu’à 1000 startups en amorçage avant d’avoir besoin de recruter à nouveau. Ce qui lui laisse encore du temps pour closer des deals et trouver d’ici peu la nouvelle licorne française.