Rédigé par

Etienne Alcouffe

Qu’entend-on exactement lorsque l’on parle de Levée de fonds ?

avril 12, 2019

Si vous venez de créer votre start-up ou que vous ayez déjà votre entreprise depuis quelques années, la levée de fonds peut-être un passage obligé pour assurer la survie de votre société.

 

 

Mais qu’entend-on exactement lorsque l’on parle de lever des fonds ?

 

 

La levée de fonds consiste tout simplement à faire rentrer des investisseurs au capital de votre entreprise pour assurer son développement. Cela paraît simple en théorie, mais dans la pratique c’est un petit peu plus complexe et risque de vous demander pas mal d’heures de travail.

 

Tout d’abord il ne faut pas confondre la levée de fonds avec les capitaux engagés pour la création de votre entreprise.

 

Au démarrage de toute activité, il y a un capital incompressible qui sera utilisé pour démarrer votre business (inférieur ou égal à 50 K euros). Il peut s’agir de vos fonds propres tirés d’une précédente activité, de vos économies personnelles ou de celles de vos associés.

 

Il peut également s’agir de « Love Money », c’est à dire d’un capital de départ que vous aurez réussi à constituer en demandant gracieusement de l’argent à votre famille ou en empruntant un peu d’argent à plusieurs de vos connaissances.

 

Une fois votre capital constitué, vous allez pouvoir démarrer votre projet et commencer à travailler sérieusement. Mais bien souvent votre capital de départ sera insuffisant pour aller plus loin que quelques mois. Vous allez donc avoir besoin de capital développement.

 

 

 

 

Cela est valable notamment si votre start-up fait partie de ces centaines d’entreprises innovantes de la French Tech qui dépensent des centaines de milliers d’euros en recherches et développement avant même d’avoir trouvé un seul client.. C’est lors de ce tour de table que vont intervenir les Business Angels.

 

Les business Angels sont des particuliers comme vous et moi, mais au lieu d’investir en bourse ou de laisser leur argent sur leur livret A à faible rendement, ils décident d’investir dans des entreprises avec un fort potentiel de croissance.

 

Ces business Angels peuvent investir seuls dans votre projet ou en groupe. À titre d’exemple on dénombre pas moins de 5000 investisseurs individuels en France et plus de 75 associations de business Angels dont près de 30 à Paris.

 

Ce premier financement extérieur est appelé Seed ou phase d’amorçage en anglais. Même si cette opération implique une augmentation de capital, il ne s’agit pas encore ici de levée de fonds à proprement parlé, car bien souvent les sommes engagées par les Business Angels seront inférieures à 300 K euros.

 

En effet il va s’agir ici simplement d’une somme qui va vous permettre d’amorcer sérieusement votre activité. Vous allez ainsi pouvoir trouver vos premiers clients, commencer à faire du chiffre d’affaires, affirmer votre présence sur les réseaux sociaux, travailler votre référencement sur Google (SEO ou SEA) ou bien lancer vos premières campagnes marketing.

 

Bref grâce à l’amorçage, vous allez pouvoir confirmer la faisabilité et le potentiel de développement de votre projet.

 

Lors de cette étape, le formalisme n’est pas forcement de rigueur comme dans une levée de fond classique. En effet, la rencontre et la négociation avec des Business Angels va pouvoir se faire dans des endroits peut orthodoxes comme dans un bar, un restaurant, lors d’un concours de Pitch dans un des innombrables événements ou salons de la French Tech qui en propose ou bien encore au cours des réunions annuelles de B.A..

 

Cependant, l’absence de cadre à ces négociations ne vous dispensera pas de la présentation du traditionnel business plan. Et même lorsqu’un accord solide sera trouvé avec vos B.A. ils vous demanderont quand même de rédiger un pacte d’actionnaires s’ils sont pointilleux. Donc, restez toujours sérieux lors de ces négociations.

 

 

business plan

 

 

Une fois ces étapes passées et votre entreprise sur de bons rails, vous allez alors pouvoir vous diriger vers votre première levée de fonds.

 

 

Mais pourquoi lever des fonds ?

 

 

Les réponses peuvent être multiples. En effet la levée de fonds peut répondre à différents types de besoins en fonction de votre activité et de l’état d’avancement de votre entreprise.

 

Par exemple il peut s’agir d’un besoin d’apport financier pour réaliser de gros investissements (R&D ou développement commercial), accélérer le développement de votre société en France ou à l’international ou encore se protéger contre les offensives de concurrents.

 

Ce sera donc à vous d’identifier correctement votre besoin et de décider de l’opportunité de partir sur une levée. Et même si la perspective d’une levée de fonds et sa réalisation peut apparaître comme séduisante au vu des sommes récoltées (certains projets pouvant lever jusqu’à plusieurs millions d’euros), vous devrez quand même réfléchir aux solutions alternatives.

 

En effet en parallèle de la levée de fonds il existe tout un ensemble de possibilités pour soutenir financièrement votre activité : comme l’autofinancement, via une optimisation du BFR si le chiffre d’affaires le permet ou la recapitalisation par les actionnaires de l’entreprise (B.A.) ou encore des avances en compte courant.

 

L’entreprise peut également solliciter un financement extérieur comme les aides de la banque publique d’investissement (BPI), les aides régionales, départementales ou encore un prêt bancaire qui peut vous permettre de financer certains projets comme l’acquisition de biens matériels.

 

Ainsi, la levée de fonds n’est donc pas la seule solution disponible. Ces autres sources de financements sont des alternatives sérieuses et auront beaucoup mois d’inconvénients que l’ouverture de votre capital à des fonds d’investissement qui ne visent que la réalisation de plus-values à court ou moyen terme.

 

Si malgré tout vous décidez de vous engager sur une levée, il va être important pour vous d’avoir en tête les différentes étapes qu’elle implique.

 

Avant toute chose, vous allez avoir besoin de temps. Une levée de fonds est toujours chronophage (6 mois à un an), même en passant par un leveur de fonds. Vous ne pourrez donc pas vous consacrer à 100 % à l’opérationnel pendant cette étape. Ainsi, si la taille de l’équipe le permet, il est recommandé qu’un associé puisse se consacrer exclusivament à la levée de fonds.

 

De plus la préparation va être essentielle. Convaincre des investisseurs de financer votre projet ne s’improvise pas. Avant de les contacter, il est donc important de se préparer et de mettre son entreprise à jour.

 

Vous devrez donc actualiser votre site Web, peaufiner votre présence sur les réseaux sociaux, faire un peu de branding, mettre à jour votre compta et tous les chiffres pertinents pour la présentation de votre activité.

 

Vous devrez ensuite préparer les différents documents nécessaires à la levée, tels que :

 

   L’exécutive summary : Il s’agit du résumé du dossier qui sert à présenter votre entreprise et permet aux investisseurs d’évaluer la faisabilité, la crédibilité et le potentiel du projet.

   Un diaporama de présentation orale ou « Pitch » : vous devez l’avoir préparé et testé oralement auprès d’un maximum de personnes ou de vos mentors.

   Le business plan : comme pour votre amorçage, une présentation détaillée du projet et les tableaux d’états financiers.

 

Enfin tous les documents annexes pour la due diligence : c’est-à-dire l’ensemble des vérifications qu’un investisseur potentiel va réaliser avant la transaction afin de se faire une idée précise de la situation de votre entreprise (démonstration de l’offre, références clients pouvant être contactés, valorisation de l’entreprise…).

 

Tous ces éléments doivent vous permettre à la fois de rassurer et de donner envie de vous suivre.

 

 

business plan

 

 

Une fois que vous serez prêt à démarrer, vous allez devoir cibler et approcher les investisseurs.

 

Contrairement à la phase d’amorçage qui peut être réalisée avec des Business Angels, lors d’une levée de fonds, le capital risque investi peut varier entre 500 K et plusieurs millions d’euros ce qui peut rarement, à moins que vous ayez de très bonnes connaissances, faire l’objet d’un apport par seulement quelques personnes. Vous allez donc devoir passer obligatoirement par des fonds d’investissement ou des fonds de capital risque.

 

Pour commencer vous allez devoir cibler les fonds, c’est à dire établir une liste des investisseurs à contacter et les sélectionner en fonction de leurs critères d’investissement. Cela nécessitera une investigation pour connaître leurs centres d’intérêt et le stade de maturité des entreprises dans lesquels ils investissent.

 

Vous pourrez pour cela vous référer à leur portfolio d’investissements et aux différents articles de presse correspondants. À titre d’exemple certains investisseurs ne regardent que les projets orientés B2B avec des perspectives d’au moins un million d’euros de chiffre d’affaire, donc si votre entreprise s’adresse au grand public éludez d’entrée ce genre de fonds.

 

Ensuite il vous faudra envoyer votre exécutive summary aux investisseurs sélectionnés. La phase de contact est ici la plus délicate, car vous allez devoir trouver la bonne personne et la bonne adresse mail à qui envoyer votre dossier.

 

Sans quoi vous risqueriez de ne jamais voir votre dossier passer en phase d’étude ou pire finir dans les spams. Ne négligez donc pas ce sourcing d’adresse qui pourrait réduire à néant tout le travail que vous auriez fait en amont.

 

Souvent pour ne pas être confrontés à cette étape compliquée certains entrepreneurs font appel aux services d’un leveur de fonds. Ce qui pourra vous faire gagner un temps précieux mais pour un coût souvent assez important [supérieur à 10 000 euros].

 

À noter que vous aurez la possibilité de participer à des évènements de présentation de projets devant des investisseurs, mais il est assez rare de voir des fonds d’investissement participer a des concours de Pitch !

 

Avoir une première réponse d’un investisseur est relativement rapide, cela nécessite entre quinze jours et un mois. Lorsqu’un des fonds que contacté vous aura manifesté son intérêt, vous pourrez alors lui envoyer votre business plan et commencer à organiser des réunions individuelles pour approfondir.

 

La signature d’un accord de confidentialité lors de cette étape peut être nécessaire. Votre premier rendez-vous avec l’investisseur sera souvent décisif. Si celui-ci est positif et après plusieurs rencontres d’approfondissement, vous entrerez dans une phase plus longue d’analyse, d’étude de projet et de due diligence.

 

Lorsque vous êtes parvenus à un accord préalable sur les grandes lignes de l’investissement, commence alors la « due diligence ». Elle se déroule avant que vous ne soyez parvenus à un accord définitif et en général avant que l’investisseur n’ait signé une lettre d’intention, appelée aussi « Term Sheet » en anglais.

 

La due diligence consiste pour l’investisseur à faire des vérifications pour valider le fort potentiel de développement de l’entreprise, valider la rentabilité estimée en cas de réussite et identifier les risques associés à l’investissement.

 

Au cours de l’étude du dossier, tous les domaines sont passés au crible : juridique, financier, propriété industrielle, marché, produits et équipe. Clients et fournisseurs peuvent aussi être sollicités. Les investisseurs vont « creuser » tous les aspects de l’entreprise, vérifier qu’il n’y a pas de « loups » et que vos dires lors des présentations ou dans vos documents sont exacts.

 

La durée de la due diligence dépend du type de situation rencontrée (en général comprise entre un et plusieurs mois). Généralement, elle se décompose en une première phase d’étude de projet au cours de laquelle l’investisseur vérifie par lui-même un certain nombre de points généraux et une phase plus lourde pour laquelle il peut mandater des conseils spécialisés pour valider des points précis.

 

 

due diligence

 

 

Cette phase permet également à l’investisseur d’apprendre à vous connaître en travaillant avec vous. De votre côté, profitez-en aussi pour valider votre « feeling » avec lui.

 

En cas de décision favorable de poursuivre et entrer dans des négociations plus fines, l’investisseur rédigera alors une lettre d’intention ou « Term Sheet ».

 

Ce document précise les conditions de son éventuelle intervention : valorisation de l’entreprise, conditions financières, conditions juridiques et principales clauses qui se trouveront dans le pacte d’actionnaires. Si vous acceptez de contresigner ce document, une nouvelle négociation démarre pour finaliser la valorisation et rédiger le pacte.

 

Le pacte est le document qui régit la vie des futurs associés (SAS) ou actionnaires (SA). Son objectif est de prévoir un maximum de situations de la vie de l’entreprise et l’enjeu est de trouver un équilibre entre la défense des droits des investisseurs, la défense des droits des actionnaires historiques et les intérêts de la société. Cette étape de négociation peut également être assez longue.

 

 

Une fois toutes ces étapes franchies, arrivera l’étape tant attendue du « closing ».

 

 

Le closing concerne le moment où le financement est réalisé par l’investisseur. Il se fait à l’occasion d’une assemblée générale extraordinaire qu’il faut réunir et lors de laquelle le pacte d’actionnaires est signé. Suite à la levée de fonds, les investisseurs deviennent associés/actionnaires de la société.

 

À ce titre, ils participent aux assemblées générales de l’entreprise, et disposent des droits prévus par les statuts et le pacte. La collaboration s’achèvera lors de la sortie des investisseurs, par revente partielle (parts) ou totale de l’entreprise.

 

En résumé, quel que soit l’objet de la levée de fonds, votre projet doit présenter de fortes perspectives de croissance, du chiffre d’affaires, une bonne rentabilité ainsi qu’un positionnement stratégique susceptible de permettre d’envisager une revente totale ou partielle.

 

La levée de fonds est un processus très codifié, qui s’organise en des phases successives bien établies, pouvant chacune durer plus longtemps, de votre fait ou du fait de l’investisseur. Il est donc important d’anticiper ces délais de réalisation, et de préparer au mieux la levée de fonds pour garantir son succès.